Face au sarkozysme, l'allergie à Sarkozy

Publié le par Tonton

François Fillon, Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, lors d'une conférence de presse, mardi matin.Verdy/AFP©Verdy/AFP

Il est troublant de voir certains médias perdre leur capacité à prendre du recul quand ils sont confrontés aux actions du nouveau président de la République. Pourtant, je trouve que les réactions qui sont générées par une presse jugée "complaisante" sont tout aussi extrémistes, si ce n'est plus dans leurs analyses. En effet, sous prétexte de rétablir un certain équilibre, ce qui serait louable, certaines plumes politiques, des journalistes et nombre de célèbres bloggeurs en profitent pour cracher tout leur venin sur Nicolas Sarkozy et son action. C'est dommage, car cela nuit à mon sens à la qualité d'un débat qui ne peut se tenir sereinement.

Les infirmières ont été accueillies par leurs familles à Sofia, mardi matin.Dilkoff/AFP©Dilkoff/AFP

Il y a d'un côté les gens, qui majoritairement accordent leur confiance au président sans se poser trop de questions et dans cette majorité les sarkozystes purs et durs qui ne peuvent supporter une remise en cause de leur idole. On entend pas beaucoup ces personnes et leur point de vue importe peu. Le président se défend lui même des attaques de la seconde catégorie, tous ceux qui ont eu la gorge serrée à l'annonce de sa victoire, beaucoup d'entre eux pas vraiment 'Royalistes', mais tous persuadés que ce qui nous attendait était très négatif avec cet homme là. Certains dans cette catégorie se taisent aujourd'hui et sont parfois même surpris (positivement même, d'ou sa popularité à plus de 70%) de l'attitude du chef de l'état. Mais d'autres ont gardé une rancœur inexpiable à la bouche. Ils ne veulent voir dans la présidence nouvelle que ses errements et sans forcément être de mauvaise foi, analysent l'actualité à travers le prisme déformé de la haine et du mépris que leur inspire le personnage. C'est une grave erreur, car ces hommes et ces femmes, souvent de qualité, brouillent le débat et favorisent ainsi tous les amalgammes qui s'ensuivent. Dernier exemple en date, la libération des infirmières bulgares emprisonnées en Lybie jusqu'à aujourd'hui a fait naître des réactions au PS dont je parlais dans mon post précédent. J'ai ensuité consulté les réactions de mes confrères bloggeurs pour voir avec désolation qu'aucun d'entre eux (Lancelot, Versac, Pierre Catalan, Nico et son bistrot politique...) ne commence par se féliciter de la libération et reconnaître que la France et donc NS a pu y jouer un rôle. Ce qui retient l'attention de mes brillants confrères, c'est le traitement qu'en ont les médias. On peut bien entendu trouver de l'intérêt à une analyse de ce type, mais il ne faut pas tout mélanger et en vouloir à Sarkozy de son style en conférence de presse. Il donne l'image qu'on attend de lui et qui a jusqu'à maintenant réussi. Pourquoi lui en vouloir de la sorte? Parce qu'il ne fait pas assez la part belle au rôle joué par la commission européenne dans cette affaire? Mais si cette libération a attendu d'aussi longues années, ne peut-on au contraire penser que c'est aussi en partie à cause de la lourdeur bureaucratique de Bruxelles? Je ne conteste aucunement l'efficacité diplomatique de Bénita Ferrero-Waldner, mais cette dame ne pouvait, par sa fonction et le fait qu'elle avait des comptes à rendre aux représentants de 27 (!) pays avoir la même liberté dans les négociations que le président français. Le rôle joué par les autorité Qatariennes pour faciliter la médiation a été semble-t-il estimable et les accords secrets entre France et Lybie ont sans doûte pesés lourdement dans la balance. Au final, le constat est donc plutôt positif. S'il faut bien entendu ne pas oublier que Kadhafi n'est pas un enfant de chœur et espérer que le chemin qui rapproche la Lybie des autres nations européennes la conduira à terme vers la démocratie, on ne peut que se réjouir de ce dénouement heureux qui signe la fin d'une longue crise et va permettre de faire reprendre des relations commerciales plus stables et favoriser l'implantation des grandes entreprises françaises dans ce pays. Là bas comme ailleurs, on fera reculer les extrémismes par le commerce et l'enrichissement des individus. À plus long terme, la persistance des énormes inégalités qui touchent la population seront probablement la raison de l'effondrement du régime lorsque la fin du rêgne du "guide suprême" aura enfin lieu.

AJOUT :
Je viens d'écouter l'analyse pertinente de Serge July, qui dans sa chronique sur RTL analyse très bien cette histoire et rappelle les liens entre le président, ancien ministre de l'intérieur et le chef des services secrets lybiens.

Publié dans mitterrand.2007

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hanse 26/07/2007 15:12

Seul le résultat compte en politique:c'est ce que l'on appelle le pragmatisme!aujourd'hui huit innocents sont libres...tout le reste est littérature et pisse vinaigreet je suis peu suspect de sarkozyte aigue ou de ceci...témerci d'avoir rappelé des évidences

totor 25/07/2007 11:16

Suggestion de prochain article:commenter le nouveau poste de J. Attali http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-938893@51-912203,0.htmlAu passage, son dernier bouquin, sur les evolutions du travail (http://www.evene.fr/livres/livre/collectif-sous-la-direction-de-jacques-attali-l-avenir-du-travai-29313.php), est plutot meilleur que sa Breve histoire de l'Avenir, meme si elle retombe dans certains travers, comme l'affirmation peremptoire de simples hypothèses probables. Il fait malheureusement l'impasse ou quasiement sur les questions des ressources naturelles, qui risquent de mettre a l'eau ses prospectives. Sur la question des infirmieres bulgares, j'ai l'impression que le prix a payer de ce tirage de couverture a soi a été de crisper un peu nos partenaires europeens. Si c'est le cas, je désapprouve non pas l'action, mais la communication faite sur la diplomatie francaise. Autre element qui me gene tout particulierement: en mettant en avant C. Sarkozy et en contournant totalement Kouchner, j'ai personnellement l'impression d'un couple royal qui se met en scene. Je savais que la Veme etait une monarchie republicaine, mais a ce point, cela me rend encore plus vindicatif sur nos institutions!

Pierre Catalan 25/07/2007 00:48

Tu as raison Tonton, j'ai oublié de me féliciter de cette libération.Après avoir continué mes recherches, je vais préciser.C'est Tony Blair président de l'UE en 2005 qui a sans doute le plus lancé les négociations et surtout, imaginé les premiers systèmes de monnaie d'échange.Benita Ferrero Waldner, ayant le pouvoir d'établir des plans d'action dans le cadre du processus de Barcelone n'a pas de compte à rendre aux Etats puisqu'elle s'inscrit dans ce cadre dans des relations UE / Etat voisin.Bref, Sarko a mis un petit coup de jus, les 10 derniers jours, et il en fait un succès personnel.Je continue donc à trouver cette affaire nauséabonde. Et je me sens insulté, et je sens qu'on insulte les Français, en leur présentant la situation de façon si simpliste.

Arthur Goldhammer 24/07/2007 22:38

Voir aussi le commentaire de Jean Quatremer sur son blog "Les Coulisses de Bruxelles" chez Libération.

Gasper 24/07/2007 22:25

oui il s'agit bien d'allergie... une reaction epidermique qui gagne une partie de la population, la majorité continuant à se déclarer satisfaite de l'action du chef d'etat.Le "tout, tout le temps, tout de suite" ça sensibilise, ça créé des zones allergiques...