La mort du PS

Publié le par Francois MITTERRAND

François Hollande , le premier secrétaire du Parti socialiste. | AFP/BERTRAND GUAY©AFP/Bertrand Guay

François Hollande est un spécialiste de la chirurgie "thanatopratique" pour parti à la dérive. Pendant 10 ans, il a dirigé  le Parti Socialiste et l'a mené vers quelques uns de ses scores électoraux les plus extrèmes. Sa plus belle réussite restera sans doûte les élections  régionales de 2004 ou le PS a acquis 20 régions sur les 22 que comptent la France. Les français, déçus d'un président dont ils ne voulaient de toute façon plus, mais sans moyen de le congédier, ont décidé un rééquilibrage des pouvoirs dont le Parti Socialiste a été le premier bénéficiaire. Un an plus tard, il n'a pas su faire triompher la discipline au sein de son parti et c'est le "non" qui l'emportait au référendum sur le désormais défunt "Traité Constitutionnel Européen" accouché par Valéry Giscard d'Estaing. Pendant l'année qui suit, il parvient à faire une synthèse miraculeuse en se passant de rêgler les problèmes de fond et la question de la ligne du parti. Il fait plancher tout le monde sur un projet, avant même qu'un candidat soit désigné et pour faire plaisir à chacun met quelques pincées de dirigisme dans une logorhée sociale-démocrate-non-assumée. De toute façon, vu les candidats en lice pour les primaires internes, c'est bien celui qui sera choisi qui déterminera la ligne politique et le fond de SON projet à lui...
Et c'est là que le prodige à lieu : après la candidature naufrage de Lionel Jospin et sa campagne catastrophe en 2002, François Hollande a cru adopter la meilleure stratégie en... évitant aux débats d'aller à leur terme et à toute clarification d'aboutir. Ainsi, en ne risquant jamais la scission, il a réussi à garder dans le parti des leaders aux points de vue divergents, mais qu'il convenait de ne pas "fâcher". Ce sont pourtant des candidats sérieux qui s'affrontent fin 2006 : le social-démocrate assumé, Dominique Strauss-Kahn, qui possède sans doûte les meilleurs atouts et une réelle crédibilité pour le poste après avoir été un des meilleurs ministres des finances des 30 dernières années.  Face à lui, un candidat "vieille gauche" qui espère faire croire qu'il s'est converti à l'économie collectiviste après avoir été un premier ministre social-libéral moderne et globalement efficace entre 84 et 86, Laurent Fabius. Le meilleur orateur sans aucun doûte. Enfin, une candidate relativement inexpérimentée dont la ligne "Sourire intense -  démocratie participative" ne semblait pas avoir de grande chances face aux poids lourds sus-nommés, Ségolène Royal. On connaît aujourd'hui les résultats de ce non-choix permanent... C'est le sourire qui a dominé les sondages, les sondages que les militants ont écoutés, et la réalité qui a rattrapé tout cela lorsque la "vraie" campagne a démarré.
Bref, lorsqu'une interview exclusive est accordée par le Premier Secrétaire du Parti Socialiste au Monde, on ne se précipite pas, mais on guette, on espère voir un scoop (sa démission?), une amorce d'auto-critique, la justification qui permettrait de continuer à faire confiance à cet homme qui possède les clés de la maison socialiste. La réalité pourtant est bien là. François Hollande, qui n'a rien su proposer de décoiffant à la gauche en 10 ans, se complaît dans son rôle d'opposant systématique. Après avoir su viser, parfois avec justesse et souvent avec succès les lacunes du chiraquisme, il endosse à nouveau sa robe d'avocat pour mener un réquisitoire des deux mois du nouveau président. Certes, il touche à nouveau juste lorsqu'il dénonce certains travers du sarkozysme. Pourtant, comment prêter du crédit à cet homme pour faciliter un tant soit peu le retour de la gauche au pouvoir? Pouquoi réussirait-il aujourd'hui là ou il échoue depuis des années? Comment se passer d'un changement de tête pour symboliser un changement de cap réel?
En fait, en s'accrochant ainsi à son siège, François Hollande, qui est encore dans une logique de confrontation après la façon dont son ex-compagne a cherché à l'humilier par ses déclarations, veut avant tout l'empêcher elle, plus que tout autre de mettre la main sur le parti. Cependant, pourquoi réussirait-il ce à quoi il a échoué hier, en n'empêchant pas sa désignation comme candidate alors qu'il était bien placée pour connaître ses lacunes?
Les "quadras" du parti qui se sont réunis à Évry à l'initiative de Manuel Valls ce week-end avaient l'occasion de donner une image rassurante. S'ils ont semblé d'accord pour remiser leurs désaccords idéologiques et les conflits de personnes dans lesquels ils sont eux mêmes engoncés, on en a vu aucun prendre clairement la tête du mouvement... De ce côté, François Hollande n'a donc visiblement pas trop de soucis à se faire étant donné le manque d'envergure qui caractérise la jeune garde. Autant la génération qui s'était formée à mes côtés et avait connu l'opposition et le climat d'avant 1981 était prometteuse à plus d'un titre. Des gens talentueux avaient été attirés par une gauche innovante et audacieuse. Autant celles qui suivent, baignées dans le jospinisme - dont on attend encore un droit d'inventaire honnête - n'ont semblent-ils pas la même ouverture. C'est ce sectarisme, ce manque d'ouverture d'esprit que François Hollande a laissé prospérer, qui imprègne ses discours et dont on doit sortir à présent pour avoir enfin une chance de refonder la gauche. En attendant, en s'accrochant comme une gangrène, la direction du parti est en train de finir de préparer sa mort. La suite est imprévisible, car tout peut arriver dans ce combat, qui rassemblent tant d'acteurs ayant pour caractéristiques commune l'égo sur-développé, l'ambition sans limite et le talent réduit.

Publié dans mitterrand.2007

Commenter cet article

MauvaiseLangue 27/07/2007 01:41

Vous etes trop sévère avec la jeune garde, tonton. Pour avoir assisté personnellement à ce séminaire, je peux vous garantir qu'il s'y est dit des choses prometteuses, et qu'une ouverture vers l'avenir semble possible de ce côté là...