Un discours mémorable

Publié le par Francois MITTERRAND

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Voici un extrait du discours tenu pour le transfert des cendres de Jean Monnet au Panthéon en 1988.

"[...]Du discours du Salon de l'Horloge prononcé par Robert Schuman en 1950, aux décisions récentes du Conseil européen de Hanovre qui ont doté la Communauté des instruments qui lui permettront d'atteindre et de gagner le grand rendez-vous de 1992, en passant par le Traité de Rome, la politique agricole commune, les Sommets européens, les élargissements successifs à Neuf, à Dix, à Douze, les accords de Lomé, la création du Conseil européen, le système monétaire, l'élection du Parlement au suffrage universel, l'Europe technologique, l'Europe de la recherche, que sais-je encore, pour aboutir à l'Acte unique qui va lier l'existence pour une Histoire commune de 320 millions d'êtres humains porteurs et héritiers de l'une des grandes civilisations de la terre, le siècle qui s'achève et celui qui vient auront connu et connaîtront l'avènement d'un nouveau monde, l'Europe qui restera, quoi qu'il advienne, l'Europe de Jean Monnet.

Et voilà qu'il faut maintenant continuer l'entreprise dans les directions fixées par les fondateurs. Il est toujours très difficile de citer des noms sans commettre des injustices, mais comment ne pas associer à l'éloge d'aujourd'hui adressé à Jean Monnet et Robert Schuman et Alcide de Gasperi et Paul Henri Spaak et Conrad Adenauer et Altiero Spinelli ? Devrais-je citer le premier d'entre eux, qui parla des Etats-Unis de l'Europe : Winston Churchill ? Ne faut-il pas mentionner Joseph Bech ? Faut-il citer tous des artisans qui sont encore des nôtres et qui représentent dignement la longue chaîne des fondateurs que, plus tard, d'autres que moi citeront ?

Et nous savons aussi qu'il convient de poursuivre l'oeuvre, que la monnaie européenne n'en est qu'à ses vagissements, que l'Europe ne se fera pas si elle laisse en cours de route le plus grand nombre, ses producteurs, ses travailleurs, eux sans lesquels il n’y aurait pas de construction véritable et tout le reste s'effondrerait, je veux parler de l'espace social européen. Et la culture, Jean Monnet rappelait peu avant de mourir que s'il avait à recommencer, ce serait par la culture. Qu'est-il de plus culturel aujourd'hui et de plus répandu que l'audiovisuel qui risque d'échapper aux pays de l'Europe pour appartenir désormais à ceux qui viennent de plus loin, porteurs d'autres formes de civilisation, d'autres cultures, d'autres langages ? Voilà pourquoi nous nous sommes engagés à créer cette Europe-là comme celle de l'environnement qui ne connaît pas de frontières, moins encore que les hommes. Et puis encore l'Europe tournée vers le tiers monde, capable de lui parler, capable de le comprendre, capable de l'aider à se développer, capable de promouvoir les vertus nouvelles qui feront les siècles futurs. Avec, plus tard, ce par quoi il faut commencer tout de suite : l'Europe consciente que sans être capable d'assurer elle-même sa sécurité, je veux dire sa défense, elle n'aurait pas de réalité politique. Cette réalité politique, objectif fixé depuis le premier jour, reste aujourd'hui l'essentiel de la tâche.[...]"

Que cela vous inspire-t-il?

Publié dans mitterrand.2007

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